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07/07/2008

Le voyage de Mohand (Ali MEBTOUCHE)

      Dès qu'il eut l'âge de comprendre, Mohand fut obsédé par l'idée de quitter un jour son village natal pour émigrer dans le pays de ses rêves : la France. Après avoir assisté, du début jusqu'à la fin, à la guerre d'indépendance de l'Algérie, Mohand avait atteint l'âge de s'exiler, comme tant de jeunes de son âge, et de partir à la recherche du paradis que les anciens émigrés, après des années passées en France, leur faisaient miroiter.

      Pour se rendre en France, Mohand avait dû supplier son père pendant plus d'une année…

      Enfin, tous ses papiers étaient prêts: carte d'identité, autorisation de sortie du territoire, certificat d'hébergement, que son oncle Da Lounès, le frère de son père, lui avait envoyé de France, où lui-même travaillait dans la ville de Bitche, en Moselle… Avec tous ces papiers, Mohand acheta son billet, par bateau, aller et retour payé.

      Enfin, il allait sortir de ce village où il était enfermé depuis sa venue au monde. Il était impatient d'aller voir ce monde extérieur dont il avait souvent entendu parler par les émigrés, lorsqu'ils revenaient au pays, après avoir séjourné et travaillé comme marchands de tapis dans différentes villes françaises, dont les noms enchantaient ses oreilles : Paris, Marseille, mais surtout des villes situées en Alsace-Lorraine, où la majorité de gens de son village, dont son père et son oncle Da Lounès, avaient séjourné durant les années cinquante et soixante.

      Pour voyager en France, Mohand devait partir avec son oncle, le frère de sa mère. Ce dernier avait promis à ses parents de s'occuper de lui et de lui trouver un travail à la gare de tri S.N.C.F. de Lyon-Perrache, là où lui-même travaillait comme conducteur d'un chariot-élévateur.

      Patiemment, dès le lendemain de l'indépendance de l'Algérie, en l'année mille neuf cent soixante-deux, alors que son village commençait à se vider de tous les enfants de son âge, Mohand avait attendu ce jour du vingt-sept septembre mille neuf cent soixante-quatre.

      Ce matin-là, sa mère s'arrachait les cheveux en lui disant:

" Mohand, tu n'as pas fait changer les deux cents francs que tu dois emporter avec toi ! "

      Pour passer la douane algérienne et la douane française, un émigré comme Mohand, qui n'avait jamais travaillé en France, devait faire semblant de venir en touriste. Une fois en France, on pouvait s'installer et travailler, mais c'était à ses risques et périls, car beaucoup d'émigrés étaient refoulés à la frontière, certains à Alger même, d'autres par les autorités françaises, à la descente de l'avion ou du bateau.

      Cependant, certains avaient la chance de traverser la frontière et pouvaient chercher du travail en France. Pour cela, il fallait payer son billet de bateau ou d'avion en aller-retour et emporter avec soi la somme de deux cents francs français qui prouvait aux autorités françaises que l'on avait de quoi se nourrir pendant son séjour en France. Dans la précipitation, mais surtout par ignorance, Mohand n'avait pas fait changer les deux cents dinars contre les deux cents francs français.

      Il fallait impérativement que la mention " deux cents francs français " apparaisse sur son billet de bateau, avec une signature et un tampon : " Banque Centrale d'Algérie ", banque où il devait se présenter en personne pour faire l'échange. La Banque Centrale d'Algérie ouvrait ses portes à huit heures trente… Il ne restait plus à Mohand qu'une petite matinée pour changer son argent.

      Le lendemain, un samedi matin, Mohand se leva à cinq heures. Il n'avait plus que quelques heures de chance devant lui pour se rendre en ville à bord d'un véhicule. Pour aller à Tizi-Ouzou, ville située à douze kilomètres de là, il attendit avec beaucoup de persévérance, sur la route qui passait au-dessus de son village, qu'arrive " un fraudeur ". Un " fraudeur " est un travailleur émigré qui a eu l'opportunité de ramener une voiture de France et qui, sans autorisation légale, transporte des personnes pour la somme de dix dinars aller-retour. " Les fraudeurs " étaient très rares dans le village de Mohand, comme dans la plupart des villages kabyles. À sept heures, Mohand entendit le moteur du seul camion de son village se mettre en route. Quand le camion arriva près de lui, Mohand lui fit signe de s'arrêter, puis il monta et s'installa à côté du chauffeur.

      Comme il n'y avait pas d'autre moyen de transport, le propriétaire du camion convoyait aussi bien de la marchandise que des personnes. Des bancs étaient installés à l'arrière pour permettre de s'asseoir ...

      Mohand, avait hâte d'arriver à Tizi-Ouzou, … mais le camion s'arrêtait dans tous les villages pour ramasser des gens qui se rendaient au souk de Tizi-Ouzou.

MEBTOUCHE-Ali_Le-voyage--de-Mohand.jpgAli MEBTOUCHE

Le voyage de Mohand

Autobiographie

 

Éditions Le Manuscrit,

Paris, 2004

Commentaires

Monsieur ou Madame,
Je suis l'auteur du voyage de Mohand qui se trouve sur votre site que je viens de découvrir par hasard. Mais ce livre est remplacé par "Le voyage de Mohand version 2008" 291 pages au lieu de 188.

D'autre part, je suis l'auteur de deux autres ouvrages publiés en 2007:
"Histoire d'un berger de Kabylie pendant la guerre d'Algérie" chez l'Harmattan et "Les cigognes et Le pigeon" chez le Manuscrit.com.

Voici l'adresse de mon site:htt://ali.mebtouche.free.fr.

Cordialement Ali Mebtouche.

Écrit par : Mebtouche Ali | 14/10/2008

Bonjour. Je suis à la recherche d'une écrivaine nommée Nora Mebtouche dont je ne trouve pas trace sur le net si ce n'est un seul lien avec vous et une peintre bretonne (mais aucun texte). Merci d'avance. Bien cordialement. HL

Écrit par : Hélène Larrivé | 22/03/2011

Je suis navré car je n'ai que cette piste :
" Fatma Zohra Nedjaï (Mebtouche) a fait une analyse sociolinguistique pour l'obtention d'un doctorat en sociolinguistique consacré aux « tabous linguistiques dans le parler algérien ».
Elle a animé un colloque à Tizi-Ouzou, il y a quelques années "

Écrit par : GéLamBre | 26/03/2011

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