Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/12/2019

L'éveil de l'Horizon (Mokrane MAAMERI) Présentation

MAAMERI-Mokrane_Couv.jpg

 

Réfléchir en se divertissant.

C’est presque une loi du genre que les récits d’un recueil de nouvelles soient lus à la suite sans esprit de synthèse; il en va autrement pour celles-ci, car elles composent un univers qui exprime une unité de pensée et de vision. En effet, ce n’est pas toujours que les nouvelles soient vouées à la légèreté qui invite purement et simplement au divertissement, il arrive que certaines creusent en profondeur et convient à la fois à réfléchir et à se divertir, une chose n’excluant pas l’autre. C’est ainsi que se présentent les quatre récits concis du présent recueil qui sollicitent des lecteurs éventuels la même attention que le nouvelliste a mise à les écrire. Nous dirions même que la lecture requiert un pré-requis d’informations pour mieux comprendre les enjeux idéologiques de l’ordre nouveau qui s’annonce, car, fondamentalement, c’est de cela qu’il est question. Mine de rien, c’est donc un livre coup de poing qui entend donner un vigoureux coup de pied dans la fourmilière idéologico-sociale en proposant un renversement de la table des valeurs. Et rien de moins !

 

Un esthète engagé.

L’auteur a adopté la double bonne attitude d’un esthète engagé, qui devrait être celle de tout écrivain, consistant, d’un côté, à couler l’œuvre dans une forme belle qui excite le plaisir de la lecture; de l’autre à plonger ses antennes dans les choses pratiques ; cela en accord avec le romancier et essayiste Paul Nizan qui a prôné une philosophie pratique qui s’intéresse aux vrais problèmes des vrais gens. C’est la ligne de pensée qui sous-tend la démarche scripturaire de l’écrivain esthète qui, loin de se contenter de fuir dans les nuages pour y établir sa demeure, a de préférence choisi courageusement de se colleter aux vraies questions qui travaillent en profondeur la société algérienne en particulier et le monde arabe en général entravés dans des problématiques d’oppression des femmes et d’obscurantisme nourri par les religions et la tradition afin d’en proposer des solutions. Et c’est aussi l’idée-force qui forme la trame du recueil distillée en de multiples observations et propositions.

 

Lutte de l’Ancien et du Nouveau.

Il est généralement admis qu’un ordre nouveau ne peut s’implanter sans remettre en cause un ordre préexistant. C’est-à-dire se poser en s’opposant. L’œuvre ne fait que reprendre ce principe de base. Schématiquement, le travail du nouvelliste se résume en des situations polarisées : on y verrait, d’un côté la lutte de l’ancien temps qui résiste pour se maintenir, de l’autre la lente implantation de la modernité qui cherche à prendre place ; autrement dit, il s’agit bien des détenteurs des ombres du passé, qui remonte à la période coloniale, et ceux qui jouent le rôle ingrat de porteurs de lumière. Mais la modernité est portée à bout de bras par les femmes, phalange de la nouvelle armée pour la régénération d’anciennes sociétés encore sous l’emprise des vieux démons des forces obscures du passé.

 

La montée en force des femmes.

Il apparaît évident qu’il existe une ligne de partage hommes//femmes où le sexe faible semble jouer le rôle actif et gratifiant. On se demande si le nouvelliste n’a pas la volonté arrêtée d’inverser l’ordre séculaire des choses en mettant les filles d’Ève en première ligne. Une indication précise est donnée dans la première nouvelle où les protagonistes Isabelle et Thinhinan ont tout simplement rompu les liens d’infériorisation dévolus à leur sexe en proclamant ouvertement leur volonté de « proscrire une page de notre existence. Ne laissons pas le terrain aux hommes qui croient avoir le monopole de l’histoire. » (p. 9)

Le ton était donné, et les trois autres nouvelles ne feront que confirmer cette prise de pouvoir féminine qui annonce une nouvelle société en gestation dans laquelle la phallocratie n’aura plus la partie belle. Voilà donc un livre de combat qui vise à vilipender l’obscurantisme, l’ignorance, la superstition, le colonialisme et l’indigénat. C’est aussi un plaidoyer pacifiste pour contrer le thème récurrent de la guerre. Cas d’Arezki qui va à l’encontre de l’opinion générale « convaincu que seule la lutte armée pourrait changer la donne. » (p. 21)

L'éveil de l'horizon est un recueil de nouvelles que nous avons lu avec beaucoup de plaisir, que nous lirons encore volontiers à sa parution, tout en vous invitant à faire de même.

Guy CETOUTE





MAAMERI-Mokrane_Portrait.jpgL'éveil de l'Horizon

Mokrane MAAMERI

 

Éditeur : Belelan - Argenteuil (France)

Année de publication : 2014

ISBN/ISSN/EAN : 978-2-953753-81-3



12/09/2019

En attendant Ramadhan (Youcef MERAHI) Extrait

...

Ah, autre chose qui m'a fait marrer ; sérieusement, je me suis dilaté la rate. J'ai entendu notre Premier ministre demander l'exportation de l'huile d'olive «d'ici 2019». Zit zitoun, ya kho ! L'espace d'une seconde, j'ai vu notre Kabylie occuper les pipes et déverser de l'huile vers l'Europe, la Russie et, même, aux États-Unis. Soyons sérieux ! A peine si on arrive à subvenir aux besoins de la région en huile ; et voilà qu'on se met à rêver d'exporter notre huile. A moins que ce soit une boutade ! Si c'est cela, je l'accepte bien volontiers, d'autant que j'ai ri à satiété. Qu'on ne vienne pas me parler d'agriculture de montagne en Kabylie ! Un mouchoir de poche, pardi ! Qu'on ne vienne pas me parler de cerises en Kabylie ! Je n'en vois pas. J'ai cru comprendre qu'on allait organiser la fête des cerises. Avec quelles cerises ? Il n'y en a plus. Puis, ce n'est pas avec la pépinière de Tadmaït que nous développerons la région.

Par contre, il n'y a pas été question de tourisme, du tout. La Kabylie est une région touristique, par excellence. Comme l'est le Sud. Pourvu qu'on y mette les moyens. Il faut savoir vendre les atouts touristiques de notre pays. On ne le fait pas. Ou on ne le fait pas assez. Je me demande du reste à quoi peut bien servir un ministère du Tourisme, s'il ne ramène pas des touristes. D'ici et d'ailleurs. Deux pour cent du PIB : voilà ce que représente la part du tourisme dans notre pays. C'est dérisoire, au regard des potentialités touristiques. Rien qu'en Kabylie, on peut faire beaucoup, en ce sens. Mais il n'y a pas d'hôtels. Ni de gîtes. Ni d'office de tourisme. Ni de guides. Ni de balises. Exemple : allez voir le célèbre (!) village d'Aït-El-Kaïd. Une ruine repoussante, n'eût été la beauté captivante du coin. On me dit que ce village est classé au patrimoine national. Si c'est le cas, qu'a-t-on fait pour le réhabiliter ? Je tire chapeau aux quelques familles qui y vivent encore. Et ce n'est pas Omar et Samir, ces deux braves collégiens, qui m'ont tenu la main, dernièrement, quand j'ai revisité ce qui aurait pu être un pôle touristique d'excellence. Pensez-vous, il n'y a même pas de plaques indiquant la route. Heureusement que la population, là-bas, est hospitalière.

Je persiste à dire que la visite de notre Premier ministre n'a rien donné de nouveau. Aucun projet structurant ni aucune perspective. Sauf celle de l'exportation de l'huile. Elle est marrante, celle-là ! Il est venu. Puis, il est reparti. Zyarra maqboula, nchallah ! Je vois d'ici certains esprits, amateurs de mondanités officielles, me rétorquer : il a fleuri la tombe de Dda Lmulud ! Oui, j'applaudis le geste. Et alors ? Je me dois de dire que Mouloud Mammeri dort du «sommeil du juste» sur les hauteurs d'une «colline oubliée», tentant «la traversée», pour le Beau et l'Humanité. Quid de l'amazighité, Monsieur le Premier ministre ? ça y est ! Elle a été officialisée. On n'en parle plus. C'est ici qu'il aurait fallu que vous en parliez, le plus. Dans le détail. Sans langue de bois.

 

Publié dans Le Soir d'Algérie le 01 - 06 - 2016

https://www.djazairess.com/fr/lesoirdalgerie/197150

MERAHI_Algérie-Ctoyenneté_2018_couv.jpgYoucef MERAHI

Algérie Dire et pouvoir.

Éditions Tafat

2018

 

Extrait pages 71-73

 

29/07/2019

Imaginaire, émotion, pensée (Jeanne BENAMEUR) Extrait

 

… Un bon texte s'inscrit en nous, nous marque et continue à œuvrer en nous. Et pourtant nous n'avons pas quitté notre fauteuil.

 

Ce que nous éprouvons alors, ce prodige, nous le devons à l'imaginaire.

 

Nous détenons cette capacité extraordinaire et ce n'est pas juste, comme on voudrait nous le faire croire trop souvent, de quoi s'amuser pour qui s'ennuie et ne peut pas réfléchir sérieusement au monde. Non, l'imaginaire est une véritable puissance de l'être humain. Invisible, secrète, elle œuvre à l'intérieur de chacun de nous. C'est l'imaginaire qui nous permet de vivre véritablement ce que nous ne vivons pas réellement. Oui, nous éprouvons véritablement, joie, terreur, tristesse, rage ou extase. C'est notre corps tout entier qui vibre à la lecture, même si personne ne le voit. Cela se passe à l'intérieur de nous. Les mots, silencieusement, font image.

 

Nous quittons alors l'obscénité, au sens premier du terme, du spectacle qu'on nous sert via des médias qui en font leur fonds de commerce. Nous quittons le monde de l'exhibition. Nous entrons dans l'intime. L'intime de notre être, là où est notre chance de faire véritablement route humaine car la vérité de ce que nous éprouvons nous ouvre des territoires encore inexplorés à l'intérieur de nous-mêmes. Nous osons éprouver dans la durée et l'intensité les émotions les plus éloignées de nos vies réelles. Nous découvrons. Et nous pouvons ressentir ce que ressent un vieil homme dans la steppe ou une petite fille débarquée d'un bateau bondé sur une plage inconnue, peu importent notre âge, notre sexuation et notre lieu de naissance, nous multiplions nos vies. Nous créons des images à partir des mots et ces images sont les nôtres. Nous agissons. Loin de la place assignée de spectateurs, nous devenons visionnaires. Spectacle et vision ne sont pas les mêmes choses et ne nous mettent pas en mouvement intérieur de la même façon. Dans l'acte visionnaire, nous sommes créateurs et cela change tout.

 

Nous pouvons alors explorer, au plus profond de nous, ce qui nous fait humain. Nous pouvons atteindre ces zones obscures qui sont à l'intérieur de chacun de nous. Par l'imaginaire nous pénétrons ce qui rend le monde complexe. Nous en prenons le temps. Car il n'y pas d’un côté les barbares et de l'autre ceux qui seraient bons et pacifiques. Nous portons tous en nous les ténèbres les plus denses et la lumière la plus éclatante. Lorsque je regarde, en tant que spectatrice, les nouvelles d'un monde barbare, je me demande toujours quel est le barbare en moi qui regarde. Par l'imaginaire, je peux me mettre à la place de. Je quitte ma seule existence pour pénétrer, par ce que j'éprouve grâce à l'acte d'imaginer, d'autres vies, d'autres situations et je peux changer mon point de vue, me décaler un peu, voir les choses autrement. C'est cela qui est civilisateur, car par l'imaginaire je peux tenter de comprendre, en éprouvant dans mon propre corps ce que d'autres ont éprouvé. Nul doute que l'être qui conduit un autre être à la chambre à gaz se refuse à imaginer quoi que ce soit. Le pouvoir d'une idéologie peut s'attaquer à cette part humaine ou tenter de la manipuler. L'histoire est là pour nous le rappeler.

 

Par l'imaginaire, je peux aussi bien explorer la place du bourreau que celle de la victime, c’est cela aussi être humain et accepter de savoir qu'un être humain c'est tout cela, y compris l’abject. Connaître permet de quitter le monde binaire du «moi d'un côté et les autres, monstrueux, de l’autre». C'est comprendre qu'à l'intérieur de soi il y a tout, ce qu'on appelle couramment le bien et ce qu'on appelle le mal. C'est plus difficile. Mais c'est la seule façon de pouvoir véritablement penser le monde. Et de pouvoir combattre.

 

Apulée-2_de-l-imaginaire-et-des-pouvoirs_couv-2017.jpgExtrait de IMAGINAIRE, ÉMOTION, PENSÉE.

 

Titre : Apulée #2 : De l’imaginaire et des pouvoirs.

Type de document : texte imprimé

Auteurs : (Hubert Haddad) *Collectif

Éditeur : Paris (France) : Zulma

Année de publication : 2017

ISBN/ISSN/EAN : 978-2-84304-797-8

 

Pages 234-235

 

Voir : http://www.zulma.fr/livre-apulee-2-de-limaginaire-et-des-pouvoirs-572147.html

 

 

12/05/2019

La guerre est une ruse (Frédéric PAULIN) Extrait

 

En bas, Fadoul lit ses livres : elle n'a pas perdu espoir de reprendre des études en France.

Benlazar lui a fortement conseillé de ne pas sortir. Elle peut aller dans le jardin en prenant garde que personne ne l'aperçoive de la rue. Fadoul est sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière, et sa peau noire éveillerait rapidement les soupçons des gens du coin.

Vanessa, elle, peut aller faire les courses. Elle va boire un café ou une bière au bar sur la place de l'église, en fin de matinée. Là, elle peut fumer tranquillement quelques cigarettes. Son père ne sait pas qu'elle fume : il n'accepte­rait pas, alors que lui, il fume comme un pompier.

Hier, il les a quittées précipitamment : un imam a été assassiné dans le 18e arrondissement. Elles ont vu ça aux informations du soir. Fadoul a dit :

Ton père est sur le coup...

Vanessa ne comprend pas ce qui se passe : les généraux, les islamistes, le FIS, le GIA. Les assassinats là-bas — à Paris — succèdent aux attentats là-bas — en Algérie. Elle ne savait pas qu'il y avait encore la guerre en Algérie. Les informations ont parlé de guerre au Rwanda, il n'y a pas longtemps. Elle croit se rappeler qu'il y a eu un génocide, un million de morts à coups de machettes. Elle sait aussi qu'il y a une guerre dans les Balkans, même si elle ne parvient pas à faire la différence entre Serbes, Croates, Bosniaques, et Bosno-Serbes. Parfois, à la télé, on voit de longues files de femmes, d'enfants et de vieillards sur le bord des routes, des hommes amaigris derrière des grillages dans des camps de concentration, et d'autres qui tombent sous les balles de snipers au milieu de larges avenues. Mais une guerre en Algérie, elle ne savait pas.

Leur problème à elles, ce ne sont pas les guerres en Afrique, en Algérie ou aux confins de l'Europe. Leur pro­blème, c'est que Fadoul risque d'être renvoyée dans son pays d'origine si les flics lui mettent la main dessus. Son père lui a assuré qu'il était en train de régler le problème. Vanessa aime l'idée que son père, un flic, passe par-dessus les lois pour aider Fadoul. Quelque part au fond d'elle, elle est fière de lui.

Pourtant, elle n'est pas dupe : il a accepté qu'elle reste dans la maison de Paimpol parce qu'elle pouvait faire les courses sans éveiller les soupçons des voisins. Même avec son visage, elle se fond dans la masse des touristes arrivés pour les vacances. Les voisins ne s'étonnent pas qu'une petite Parisienne occupe la maison de sa grand-mère. Certains savent qu'elle a perdu sa mère quelques années plus tôt, voilà pourquoi elle est seule : les souvenirs doivent être douloureux.

Elle pense à Gaspar, certains soirs. Elle ne l'a pas encore appelé, elle le fera peut-être dans quelques jours. Et merde si son père lui a ordonné de ne parler à personne de sa présence à Plouézec! Gaspar, elle est attirée par lui, c'est sûr. Ça fait presque deux ans qu'ils se tournent autour, et jamais elle n'a pu apercevoir la moindre lueur de dégoût lorsque ses yeux fixent son visage. Gaspar est sans doute le mec le plus cool qu'elle connaisse, mauvais élève, mais cultivé. À Plouézec, le soir, elle pense aussi au grand type aux yeux clairs qui l'a traitée de John Merrick à la sortie du bahut, deux semaines auparavant. Lorsqu'elle y pense, une agréable sensation lui chauffe le bas-ventre. Si elle avait son numéro de téléphone, lui, elle l'aurait déjà appelé.

Quand il fait soleil et que la marée n'est pas trop basse, elle va se baigner à Boulgueff. Elle descend la route en vélo et la remonte à pied en poussant son engin. L'eau est froide et il faut s'allonger sur les galets, mais l'endroit est très beau. Son père lui a dit que sa mère adorait cette plage, qu'elle y venait même l'hiver.

Il y a beaucoup de familles et quelques groupes de jeunes.

Hier, deux filles l'ont saluée en repartant. Elle les avait déjà vues plusieurs fois. En temps normal, elle aurait voulu s'en faire des copines, mais elle sent qu'elle ne pourra pas assurer : les inviter à la maison est impossible, les empê­cher de passer à l'improviste aussi. Les amitiés de vacances, forcément trop courtes, vont vite, plus vite que pendant l'année. On se permet d'empiéter sur l'intimité de l'autre, comme on se permet de se rapprocher sur une plage trop peuplée. C'est ça, une amitié de vacances, les formes, la politesse et les préliminaires n'ont pas lieu d'être. Ça pourrait être dangereux pour Fadoul. Alors, Vanessa s'est contentée de répondre vaguement au salut des deux filles. Elle est passée pour une connasse, c'est certain.

 

PAULIN_Guerre_2018.jpgLa guerre est une ruse

Frédéric PAULIN

 

Editions Agullo Noir

2018

 

(Pages 338 à 340 : 1995)

 

 


16/06/2018

La Ruche de Kabylie (Bahia AMELLAL) 2ème édition

Retour sur la naissance d'un mouvement féminin . (Pages 45-46)

D'après Lucette Guy, la réflexion autour de la création d'un mouvement pour les filles serait née en 1937 d'un besoin vivement ressenti par Sœur Régis (Yvonne Le Pennec), régionale de Kabylie et Supérieure de la communauté d'Oued-Aïssi.

I,a Ruche aurait débuté en 1939 mais officiellement, sa fondation se confirme en 1940. On attribue cependant l'idée de la Ruche à Sœur Jean Boscou, une femme très proche de la nature. Elle avait pour passion de s'occuper d'animaux et ,aurait même tenté des croisements alors qu'elle était en Afrique. En Kabylie, elle a eu à observer la société. Le travail acharné, l'ingéniosité et l'opiniâtreté des Kabyles à cette époque, lui rappelaient la vie des abeilles dans une ruche, sa ruche qu'elle entretenait dans son jardin. Elle a eu l'intuition qu'un mouvement calqué sur le modèle d'une ruche avec l'abeille comme symbole, allait convenir.

Pour la mise en œuvre de l'association, Sœur Régisse s'est associée à Sœur Jean Boscou. Avec la collaboration des autres Sœurs des différents postes en Kabylie. Les autres Sœurs se trouvant en Kabylie ont adhéré à cette idée d'autant plus qu'elles ont eu par ailleurs l'expérience du scoutisme lorsqu'elles étaient en mission dans d'autres pays d'Afrique.

Positionnées entre les exigences culturelles d'une communauté sévère et leur engagement religieux, les Soeurs-Blanches ne pouvaient trouver meilleures appellations à ce mouvement puisque la ruche est fondée par une équipe féminine où règne l'esprit d'équipe, le sens de l'organisation, le sens du partage et le travail dur et minutieux, à l'image des femmes Kabyles mais aussi des Sœurs-Blanches, qui œuvraient dans un cadre coopératif, au profit des autres.

 

Les Abeilles de La Ruche entonnent ceci :

De Kabylie, nous sommes les Abeilles,

Et notre Ruche opère des merveilles
Pour faire de nous la joie de nos maisons

Notre Devise nous redit sa chanson

C'est : « TOUJOURS MIEUX »

 

 

Témoin 6 : Fetta Amellal. (Pages 103 à 105) 

AMELLAL_Ruche_p104-105.jpg

 

Fetta Amellal a franchi les portes de La Ruche de Taguemmount­Azzouz à un moment où le mouvement connaissait une faible affluence, vers 1942.

 

Je tiens à rendre hommage à nos parents qui nous ont laissées fréquenter l'école et La Ruche alors qu'ils avaient besoin de nos mains à rouler le couscous, à ramasser les olives, à faire la lessive du côté de la rivière, à nettoyer l'étable, etc.

Je me suis rendu compte du sacrifice de nos parents, bien plus tard.

Les Lois de La Ruche nous incitaient à faire du bien à autrui et nous rapprochaient donc de Dieu.

Le nom de Dieu était prononcé maintes fois mais sans plus.

Sans La Ruche, jamais à cette époque d'enfermement (années 40-50) nous aurions connu Alger (Chalet de Rivet) ou même d'autres villages. La Ruche nous a éduquées, nous a enseigné les façons modernes de s'occuper de bébé, soigner une blessure et d'autres maux.

 

Mme Fetta AMELLAL

Essaim Orange (1942-1955) Tizi-Ouzou, le 19 Janvier 2012.

 

AMELLAL_Ruche_2014.jpg

 

Bahia AMELLAL

La Ruche de Kabylie

Editions L'Harmattan

2014