27/05/2011
Origine des Beni Mzâb (René BASSET)
Au contraire (des Idrisites), la doctrine ismaélienne modifiait singulièrement l’islâm en faisant revivre, sous le masque du chiisme les anciennes doctrines de la Perse, mélangées de manichéisme et de philosophie grecque. Il est inutile de dire que la masse des Berbères qui s’y rallia resta toujours dans les degrés inférieurs de l’initiation. Ce fut chez ceux du Maghrib central, dans la Grande et la Petite Kabylie actuelles, que le prédicateur fatimite (dâ’i) Abdallah, trouva ses principaux adhérents et recruta l’armée qui devait détruire les restes du gouvernement abbaside dans l’Ifriqyah, le royaume kharedjite-sofrite de Sidjilmasa, le royaume kharedjite-abadhite de Tahert et le fantôme d’État qui avait remplacé la dynastie idrisite à Fas (Fez). La chute de Tahert amena la dispersion des kharedjites qui y étaient établis : les uns furent déportés à Djerba où existe encore une de leurs communautés ; les autres se réfugièrent à Ouargla et à Sedrata et dans la région de l’Oued Righ.
Leur existence y fut tranquille et leur prospérité s’y développa jusqu’au moment où les ravages d’Ibn Ghanya et surtout les expéditions des Almohades qui firent passer sur l’Afrique du Nord le niveau de l’orthodoxie musulmane, vinrent les chasser de cet asile. Résolus à conserver leur foi, ils allèrent s’établir dans un pâté montagneux, appelé en arabe chebka (filet) où erraient quelques nomades ouasiliens, les Beni Mzâb dont ils prirent le nom. Réfugiés dans cette solitude, dont ils firent de riches oasis, les émigrants, comme les Mormons sur les bords du Grand Lac Salé, se développèrent à l’abri des guerres du dehors et fondèrent une communauté, sorte d’État ecclésiastique, qu’enrichirent le commerce et l’agriculture, mais que déchirèrent, comme toujours chez les Berbères, les dissensions, non seulement de ville à ville (il y en avait sept) mais de quartier à quartier. L’autorité française put seule, en 1882, rétablir la paix.
René BASSET
RECHERCHES SUR LA RELIGION DES BERBÈRES
1901
Page 45
08:38 | Lien permanent | Commentaires (1) |
Facebook




