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17/01/2013

Les Berbères (Abdelkader RAHMANI) 1

 

AVANT-PROPOS

 

On ignore tout, ou à peu près, de l'existence du Berbère. Pour beaucoup c'est un « Arabe » et l'histoire de l'Afrique du Nord commence avec l'installation des populations européennes dans ce pays, au cours du 19ème siècle. Nombreux sont ceux qui d'ailleurs pensent que le catholicisme a fait son entrée, dans cette partie du monde musulman, avec les premiers colons, au lendemain de 1830. Pourtant, qui ne connaît pas, même mal, saint Augustin ? Évidemment, mais on le croit souvent venu, on ne sait trop d'où, résider à Hippone.

On a bien, en général, quelques vagues notions concernant la présence romaine en Afrique, l'occupation vandale, la conquête arabe. En fouillant plus avant dans le passé, notre mémoire nous restitue de lointains souvenirs des guerres puniques : Carthage, Hannibal, Scipion l'Africain, mais que savons-nous des royaumes berbères ? La connaissance de l'histoire de la Berbérie appartient à un très petit nombre de personnes et le Berbère, toujours présent dans notre monde actuel, demeure un inconnu. Il faut aussi que le Berbère d'aujourd'hui qui connaît ses ancêtres, sache et prenne pleinement conscience que par eux, après avoir emprunté des dieux à l'Égypte, à Carthage et à Rome, il s'avança dans le christianisme naissant, sans y être contraint, il versa généreusement son sang pour demeurer chrétien, et comptera toujours parmi ces mêmes ancêtres les plus purs joyaux de l'Église d'Afrique, qui fut l'un des fleurons de l'Occident.

 

Nous avons donc tenté de projeter sur une toile de fond historique qui, sans entrer dans les détails, retrace les principaux événements, depuis les origines jusqu'à la conquête arabe, la fière silhouette du Berbère. Cette silhouette prend, au cours des siècles, la forme la mieux adaptée à son époque : Masinissa, le plus grand sans doute des « aguellids » ; Victor 1, qui pendant dix années occupe le trône de saint Pierre, alors que l'Afrique chrétienne vient à peine d'entrer dans l'histoire, Tertullien, lumière de l'occident, Saint Cyprien, le premier évêque d'Afrique à verser son sang pour l'È1iè de Jésus-Christ, enfin, le plus prestigieux de tous, Saint Augustin.

Comme si ces quelques noms ne suffisaient pas à faire rayonner la clarté du flambeau berbère, d'autres encore nous sont offerts, deux papes, des évêques, des écrivains, des martyrs et des saints de tous âges et de toutes conditions. Autour d'eux des visages demeurés anonymes, mais qui ne font pas moins partie de ce peuple dont l'originalité assure une unité à l'histoire de la Berbérie.

 

À travers tant de civilisations successives, le Berbère, traditionaliste dans l'âme, passe en demeurant identique lui-même.

Nous situerons donc rapidement la Berbérie, pour mieux comprendre le peuple berbère, dont nous ferons la connaissance d'une manière générale, puis nous consulterons l'histoire pour brosser un tableau des origines à la chute de Carthage (146 av.J.-C.), qui marque le début de l'occupation romaine en Afrique.

 

Avant de continuer notre route, nous nous arrêterons pour parler de la naissance de l'Église d'Afrique et, pour mieux la suivre pendant cinq siècles, nous interrogerons l'avenir afin de dégager les traits particuliers à son visage.

Alors, nous pourrons reprendre notre marche dans le temps qui sera jalonnée par cinq grandes périodes :

- La Berbérie devient romaine (146 av. J.-C. - 42 ap. J.-C.)

- La Berbérie dans la prospérité romaine (42-244)

- La puissance romaine se désagrège (244-429)

- Les Vandales en Berbérie (429-533)

- La Berbérie byzantine (533-647)

 

Nous citerons simplement au passage les principaux faits relatifs à l'Église d'Afrique et le nom des grandes figures berbères qui s'y rattachent, pour les reprendre d'une manière plus détaillée à la fin de chacune des périodes concernées.

L'histoire de la Berbérie ne peut en effet se concevoir sans celle d'une Église qui lui est intimement liée, car ses pierres d'angles sont berbères, comme le sang de ses martyrs qui fut le ciment de ce magnifique édifice.

 

 

RAHMANI Abdelkader_Les Berbères_1997_couv.jpgAbdelkader RAHMANI

Les Berbères

Nos ancêtres les Gaulois… ou nos ancêtres les Berbères ?

 

Éditions des Trois Mondes

1997

 

 

 

12/01/2013

Retrouver mon père (Karine LEMOINE)

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Présentation des éditeurs :

Karine Lemoine n'a jamais connu son père. De lui, elle ne sait rien. Sinon qu'il habite là-bas, de l'autre côté de la mer, en Kabylie, peut-être, s'il est toujours vivant... À trente ans, Karine décide de boucler ses valises et de partir à la recherche de ce père qu'elle n'a jamais vu : à la rencontre du monde, de la vie, d'une nouvelle famille... À la rencontre d'elle-même. Une histoire vraie, servie par le talent d'une femme à la fois peintre et écrivain.

 

Karine Lemoine est née à Rouen au début des années 1970. Sa maîtrise du dessin au crayon, de l'huile et de l'aquarelle lui ont valu d'être primée dans différents salons de peinture.

 

 

1er Prix 'Carnets de Voyage' du Festival Gouel Ar Skrid - Huelgoat 2007

Sélection Clermont-Ferrand 2008

 

 

Lemoine Karine_Retrouver mon père_Carnet de voyage en Kabylie_2006_couv.jpgKarine LEMOINE

Retrouver mon père

Carnet de voyage en Kabylie

 

Editeur : Christophe Chomant, Rouen, France

Sorti le : 21/12/2006

Prix : 25.00 € /163.99 F

 

Genre : Récits de Voyages

ISBN : 978-2-84962-066-3

 

 

 

 

08/01/2013

Hommage à Mouloud Mammeri (YAHIA YANES)

 

J’ai rendu hommage dans mes ouvrages : ’’ Inzan n Tmaziγt n Leqbayel ‘’ (Proverbes Berbères de Kabylie), ‘’Tijmilin‘’ (Les hommages) et ‘’ Tullizin ’’ (Nouvelles) à  ce grand homme universel.

 

Né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun en haute Kabylie.

Décédé le 26 février 1989 dans une embuscade meurtrière, qui eut lieu près d’Aïn-Defla à son retour d'un colloque) sur l'Amazighité à Oujda (Maroc.

Grand écrivain et chercheur pluridisciplinaire, célèbre ethnologue et anthropologue, père spirituel de la langue et la culture amazigh, ancien directeur du CRAPE (Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques d’Alger),et directeur de la revue Lybica.

Fondateur du centre d’études de recherches amazigh et de la revue Awal à Paris.

Professeur à l’université d’Alger et l’un des pères-fondateurs de la littérature algérienne d’expression française avec: Mouloud Feraoun, Jean Lmouhoub Amrouche et sa sœur Taos Amrouche, Mohammed Dib et Kateb Yacine.

Il fut le premier président de l’Union des écrivains algériens en 1963.

Avec sa plume acerbe et flamboyante, il participa à la révolution algérienne sous le pseudonyme de Brahim Bouakkaz.

Il fera entendre la voix des Algériens opprimés avec des lettres adressées à la délégation du FLN à l’ONU, dans lesquelles il dénonçait les pratiques des colonialistes français.

Il mettait sa plume au service de la révolution algérienne avec des rapports acheminés vers l’ONU pour M’hamed Yazid, membre du CNRA, et de la délégation extérieure du FLN.

Intellectuel lucide, il était l’un des porte-paroles de son pays.


YANES Yahia_Hommage.jpg


À Mouloud Mammeri.

 

Ce démiurge et défricheur de signes,

Ce précurseur et immense érudit,

Qui nous a transmis le testament identitaire et culturel.

Ce démocrate impénitent et pionnier solitaire,

Armé d’une immense culture.

Cet éminent chercheur pluridisciplinaire.

 

** * * * * * * * * * * * * * * * * * *

 

Symbole de la sincérité et de l’humilité,

Symbole de la vérité et de la démocratie en Algérie,

Symbole de liberté et de la cause amazighe,

Symbole de la résistance et de la fraternité,

Symbole des cultures et des causes justes.

 

YAHIA YANES.

 

 

Dda Lmulud. (Asefru)

Win k-ittun mačči d ayla-k
Ayla-k d awezγi a k-yettu
Wi nudan laṣel-is yufa-k
D agerruj ur nfennu.

* * * * * * * * * * * * * 


Telliḍ γas kečč ulac-ik
Ulac-ik lebda telliḍ
Iṭij n Tmazγa i dahen-ik
Di tziri-s id-tettγimid.


* * * * * * * * * * * * * 

Ma jgugleγ deg yiseggassen
Nudaγ tamazγa si rrif
Ma rriγ leqrun d ismawen
Yal yiwen ad yeg aγilif
Akal yeswan s idammen
Yennum ugujil lḥif
Wid iddan γef tidedtt sawḍen
S tayri i rran asurif.


* * * * * * * * * * * * * 

Wa s lkif wa s uεekkaz
Tawrirt akken a tettwattu
Kfenen-t aẓekka a s-yeqqaz
S amesen-as yal aγurru
Nwan wi illan d aḥerraz
Yeshel mi is-heggan ussu
Γas texṛeb a tt-nefrez
Macahu d tellem cahu.


* * * * * * * * * * * * *

Macahu d tellem cahu
A tarwa ḥadret tatut
Uḥdiq ma rran-t d amenzu
Yettḥebbir i tneggarut
S udfel d ugris yettruẓu
I yessen azal i tefsut
Yeẓra i d as-d-yebbwi usefru
Asmi akken taεreq tsarut.


* * * * * * * * * * * * * 

Mačči d nekk-ik-id-yudren
D awal win mi i tegiḍ llsas
Mačči d nekk-ik-id-yudren
D imru-k ur ḥebbsen leḥbas
Mačči d nekk-ik-id-yudren
D idlisen-ik yal s lqima-s
Γas d iles-iw a k-id-yudren
D kečč i s-yerẓan tillas:
Dda Lmulud tinemirin n Ṛebbi fell-ak
Abrid-ik deg-s nedda.

YAHIA YANES. (Enseignant, poète et écrivain)

 

 
YANES_Timucuha n temnadt n Leqbayel. (Contes berbères de Kabylie)_2012_couv1.jpgYahia YANES

Hommages (tijmilin) et contes berbères de Kabylie (timucuha n temnadt n leqbayel)


Ouvrage bilingue


Éditions «Richa Elsam»

 

2012

 

 

 



 

En savoir plus : Article de Slimane CHABANE

 

LITTÉRATURE : Yahia YANES publie sa première œuvre.

 

Yahia Yanes est un auteur qui écrit sans trop se formaliser de règles et/ou de normes littéraires. Quoiqu’à notre époque, les écrivains, en dehors d’un style qui est propre à tout un chacun, ont ... pratiquement abandonné les «restrictions» de l’écriture, lui préférant la liberté dans l’expression à défaut de liberté d’expression. Notre auteur, à ses tout débuts, a déjà choisi sa «voie» quand tous les chemins qui mènent à Rome ne permettent pas vraiment d’y parvenir.

Yahia Yanes vient de faire éditer chez les éditions «Richa Elsam» un ouvrage bilingue, tamazight et français, où se mêlent hommages (tijmilin) et contes berbères de Kabylie (timucuha n temnadt n leqbayel). Les hommages concernent tout particulièrement Hérodote, l’écrivain grec, Ibn Khaldoun et Mouloud Mammeri. Trois géants, qui, quand ils ne sont pas berbères (le cas de Hérodote) ont beaucoup écrit sur les Imazighen, contribuant ainsi, chacun à sa manière, à sauver de l’oubli mais aussi à promouvoir et à faire connaître leur culture et leur civilisation. L’auteur, en s’adonnant à ce panachage et à ce mélange des genres, sans se soucier de la réaction des gardiens du temple, a justifié son choix par la dimension et l’éminence des ces deux savants, l’un, Hérodote, père de l’Histoire, l’autre, Ibn Khaldoun, fondateur de la sociologie moderne.

Yahia Yanes avant de publier cette première œuvre, s’est essayé à plusieurs métiers, tels que l’informatique, le froid industriel, l’enseignement de la langue amazighe ainsi que des activités commerciales et sportives. C’est dans ce domaine qu’il excellera le plus et gardera longtemps le cap en tant que responsable mais également en tant que pratiquant, notamment des Arts martiaux.

Né le 03 janvier 1967 à Iwadiyan (Les Ouadhias) wilaya de Tizi-Ouzou, l’auteur est membre fondateur de plusieurs associations culturelles et sportives. Les 36 contes qu’il publie dans cette œuvre font référence aux sagesses et aux valeurs berbères faites de solidarité, de confiance, de générosité, d’honneur avec le travail et le courage bien côtés, le tout de temps à autre, représenté par des animaux.

 

Slimane Chabane.

Journal courrier d’Algérie.

Quotidien d’information page culturelle n°11.

Édition du Dimanche 08 Juillet 2012 n°2539.

 

05/01/2013

Les Qanouns kabyles (Mustapha GAHLOUZ)

 

L'exemple de tous les abus : le cas de l'exhérédation des femmes en Kabylie.

 

La comparaison avec la législation musulmane et le constat de sa non-application en matière successorale en Kabylie a fait écrire à beaucoup d'auteurs que la coutume kabyle se détachait complètement des applications civiles du Coran. Cette affirmation simpliste n'est établie qu'à partir et exclusivement du fait, exact par ailleurs, de l'exhérédation des femmes chez les Kabyles, encore que ce ne sont pas toutes les localités de la Kabyliequi l'ont adoptée[1]. Elle suppose que les Berbères ont opéré une distinction entre la religion et le droit, voire même que la coutume kabyle, à la différence du droit musulman, serait imprégnée de laïcité. Pourtant, il est indiscutable, qu'à l'origine, les Kabyles ont observé cette règle coranique qui fait de la femme une héritière. Hanoteau et Letourneux[2], en conviennent, eux qui publient deux actes de renonciations faits par des femmes à leur part dans les successions de leurs parents, actes datant de 1728 et 1734. Les Kabyles recouraient, au même titre que les autres Nord-Africains, au habous pour déshériter les femmes.

 

C'est en 1748 que les tribus des At Iraten, des At Frawsen, des At Itturey et une partie des tribus des At Jennad et des At Yubri, réunies au village d’Agwmum, au lieu-dit Tizra Ugwemmum, prirent la décision solennelle d'exclure la femme de l'héritage. En souvenir de cet événement, il fut même érigé une pierre salique à Djemaâ-Saharidj. En 1749 (an 1162 de l'hégire), la taqbilt (confédération) des At Betrun qui comprenait les tribus des At Yenni, At Wasif, At Buakkac, At Budrar, et celle des At Ubelqasem, aujourd'hui disparue (les villages la composant s'étant fondus dans les deux tribus des At Yanni et des At Budrar), se réunirent à leur tour aux At Wasif près de la mosquée de Tahamant pour décider de l'abolition de l'héritage des femmes[3].

 

Djemaa-Saharidj_Pierre salique_ph-Les-Tizis.jpg

 

Le texte[4] qui en a résulté comporte certaines précisions qu'il est utile de reprendre ici :

 

Le Très-Haut dans les décrets de Sa toute-puissance voulant faire prospérer le marché du samedi des Beni-Ouacifs, les marabouts des Beni-Betroun s’y réunirent avec les personnes irréprochables de leurs villages et l’imam de la mosquée de Tahamant.

Tout le monde se plaignit d'un état de choses dommageable, source de discordes, de troubles et de conflits dans les villages, les tribus et la confédération des Beni-Betroun. L'assemblée générale prononça donc à l'unanimité des voix :

- L'exhérédation de la femme.

- L'extinction du droit de retrait sur les biens immobiliers.

- L’extinction du droit de préemption pour les filles, les sœurs et les orphelins.

- La déchéance du droit au don nuptial pour la femme répudiée ou veuve.

 

Cette décision, applicable aux Beni-Betroun et à leurs alliés, est prise d'un commun accord. Vouloir remettre en vigueur les anciennes dispositions serait inique -et l'iniquité est chose réprouvée- car l'autorité de la coutume et de l’usage est inviolable et sacrée comme une autorité souveraine. Vouloir enfreindre et violer ce qui vient d'être établi serait provoquer des calamités, et attiser le feu de la discorde dont le Prophète a dit : « La discorde est incendiaire. Dieu maudisse qui l'allume et soit clément pour qui l'apaise ! »

Que tout profanateur de ce que nous consacrons ici soit accablé par le Seigneur sous l’opprobre, l'angoisse, la misère et l'ignominie dans ce monde et dans l'autre, qu'il soit de notre génération, de celles de nos enfants ou de nos petits-enfants jusqu'à la fin des temps ! Que nos marabouts et nos notables coupables de transgression soient frappés du même anathème ! Dieu leur en demandera compte.

 

 

Les décisions, comme on le remarque, vont au-delà de la "simple" exhérédation des femmes ; elles touchent à d'autres droits annexes (droit de préemption, de retrait, droit au don nuptial pour la femme veuve ou répudiée). La position des marabouts ne saurait, nous semble-t-il, s'assimiler à ce qui est souvent rapporté dans la littérature, à une "caution" islamique apportée aux décisions prises par les Kabyles. Dans le texte, les décisions prises les engagent fortement, puisqu'ils se promettent une série de malédictions au cas où ils les transgresseraient. Pour ce qui concerne les décisions prises et qui transgressent manifestement la loi coranique en matière d'héritage, il est tout de même significatif qu'elles aient fait appel au consentement de l'ensemble des tribus de la confédération. Du point de vue de sa justification, cette transgression de la loi coranique avait, tel que le rapporte le document une raison principale à savoir, éviter la discorde          (fitna)[5]». Or, la fitna (discorde) est considérée comme le pire des désordres qui puisse atteindre la communauté musulmane. La levée de la discorde et du désordre qu’implique la décision constitue un argument de force et de taille pour permettre aux légistes l'adoption de dispositions contraires aux dispositions coraniques. Dont acte. Enfin, cette transgression de la loi coranique n'aurait pas requis, selon nous, autant d'adhérents et une instance aussi importante (taqbilt ou confédération de tribus), si elle n'était pas ressentie comme telle, et d'autant mieux supportable qu'elle serait partagée par tous. Ce fait est d'autant plus remarquable que les articles concernant l'exhérédation des femmes sont les seuls à avoir un statut fédéral puisque, comme l'on sait, 1’emprise des qanouns est limitée au territoire du village.

 

GAHLOUZ_Les Qanouns kabyles_2011_couv.jpgMustapha GAHLOUZ

 

Les Qanouns kabyles

 

 

Éditions L’Harmattan

 

Paris. 2011

 



[1] D’ailleurs, dans l’Arrondissement de Tizi-Ouzou, lui-même, un certain nombre de tribunaux appliquent le droit musulman à leurs justiciables kabyles en ce qui concerne le statut successoral et que, dans le village de Beni Hinoun dans la commune de plein exercice de Tizi-Ouzou et le village de Aït Sellan de la commune mixte du Djurdjura, le principe de la vocation héréditaire de la femme est admis.

HACOUN-CAMPREDON P. 1921. Page 31

 

[2] HANOTEAU A. et LETOURNEUX L. 1893(1873). Pages 417-418

 

[3] Procédure que G. Tillion résume de façon humoristique, mais néanmoins vraie, distinguant trois manières d'évincer les femmes en matière d'héritage :

- premier degré : on applique le Coran. Nous sommes alors chez des gens très dévots, chez  des nomades ou dans une filiation matrilinéaire (Hoggar)

- deuxième degré : on viole le Coran mais en se donnant la peine de chercher à tromper Dieu en l’instituant comme héritier. On reconnait à cela l'Aurès oula PetiteKabylie.

- troisième degré : pas de habous, pas de Coran, rien aux filles, rien à Dieu : nous sommes maintenant chez les hommes de Grande Kabylie.

TILLION, Germaine. Le Harem et les cousins. Éditions du Seuil,  Paris 1966. Pages 177-178.

 

[4] Le texte sur lequel nous nous basons est rapporté par Hanoteau et Letourneux dans le tome III de leur ouvrage  "La Kabylie et les coutumes kabyles". Le texte original fut retrouvé selon Basagana et Sayad en 1868, et une version fut publiée en 1895 par Patorni. Il est extrait de la "Revue Africaine", bulletin des travaux de Société Historique Algérienne. N°219, 1895. Page 315.

BASAGANA R. et SAYAD A. Habitat traditionnel et structures familiales en Kabylie. Alger, C.R.A.P.E., 1974. Pages 91-95.

Voir aussi : SAYAD A., "Aspects juridiques du droit d'entretien et de l'exhérédation des femmes dans la coutume kabyle", in TISURAF N° spécial. 4-5. 1979. Pages 196-204.

[5] Un extrait du qanoun de Flisset Oumlil explicite cette notion de fitna (discorde) : Lorsque la coutume est établie, celui qui y contrevient ouvre une large porte entre les musulmans, et est prêt à faire la guerre civile. Or le Dieu tout haut a dit « la guerre civile est plus mauvaise que le meurtre. »

 

31/12/2012

La vengeance du mort (Amar METREF) extrait

 

Chapitre quatorze du livre :

 

        La Kabylieest une vieille terre de traditions. Autrefois, elle avait la réputation de pratiquer des coutumes très sévères. Et, bien que le sens de l'hospitalité fût l'une des vertus cardinales de ses habitants, il n'en demeurait pas moins qu'aucun étranger ne pouvait s'aventurer dans un village sans une sorte de caution morale dont il devait donner la preuve dès l'entrée. Dès qu'il abordait l'agglomération, il était immédiatement repéré et accosté par l'un des habitants pour s'enquérir de l'objet de sa visite, de sa destination et, par la même occasion, de son identité. L'accueil était, bien entendu, fait avec courtoisie, mais l'étranger devait sentir l'obligation de se faire identifier. Lorsqu'il s'agissait d'un marchand ambulant que sa profession autorisait à pénétrer dans les villages, on le dirigeait vers la place publique où s'effectuaient les trocs et les achats ; mais quand c'était un visiteur qui se rendait chez un habitant du village, il lui suffisait de désigner son hôte pour qu'on le fît accompagner par un enfant ou un adolescent. Celui-ci le conduisait alors jusqu'à la demeure de son ami ou parent. Cette ancienne coutume peut, de prime abord, paraître contraignante ou chauvine, elle était en fait une mesure de protection de l'étranger lui-même. En réalité, c'était une manière de lui signifier que le village prenait en charge sa sécurité et d'écarter les méprises regrettables, génératrices de conflits insensés.

 

      Les trois compagnons connaissaient bien ces principes, et ils savaient en outre, de réputation, que Taghza était précisément l'un de ces villages où les traditions demeuraient vivaces. Pour éviter alors d'être interpellé, Rabah demanda au premier enfant rencontré de les conduire chez Saïd Ouhmed. Le petit gosse ne fut point étonné ni embarrassé. Au contraire. Il accepta même de faire ce service comme une personne qui avait pleinement conscience de répondre à un impérieux devoir. On devinait qu'il jouait son rôle de mentor avec la conviction de contribuer à la bonne renommée de son village. Il s'acquitta avec tact et dignité de sa mission.

Quand ils arrivèrent à la djemâa des Aït Lamine que le vieux Saïd ne quittait jamais, le gamin se chargea lui-même de faire les présentations.

      - Da Saïd ! Ces étrangers demandent après toi.

      - Je te remercie, mon enfant, ce sont des amis, répondit le vieux Saïd, qui souhaita la bienvenue à Rabah et ses compagnons. 

Les trois voyageurs s'installèrent à la djemâa. Et bien qu'elle fût vide, Saïd Ouhmed ne voulut point s'entretenir avec eux dans un lieu public à propos de leur visite. Quand on vient, comme eux, de loin, il est facile de comprendre que le sujet est sûrement très grave pour motiver un pareil déplacement. L'entretien nécessitait donc une discrétion totale. Il leur demanda la permission de s'absenter quelques instants, tout juste le temps de préparer la chambre d'hôtes. L'absence ne fut pas très longue en effet. Mais elle fut suffisante au vieil homme qui, sûrement, était habitué à ces visites impromptues pour apprêter une légère collation. En entrant dans la chambre des invités, les trois compagnons eurent l'agréable surprise de trouver une meïda bien garnie.

         - Mais, mon cher ami, lui dit Rabah, nous ne sommes pas venus pour festoyer. La question qui nous amène est trop grave pour songer à nous gaver.

         - Je le sais, mon très brave ami, je le sais. Mais il faut faire chaque chose en son temps. «La nourriture passe avant la prière», dit le vieux dicton. Il faut d'abord apaiser les démons de l'estomac pour avoir les idées plus claires. Tout en mangeant, ils bavardèrent de choses et d'autres, sans aucun rapport avec le sujet qui les préoccupait. Saïd Ouhmed les questionna sur un tas de points. Il demanda à chacun d'eux des informations sur de vieilles connaissances à lui. Parmi les anciens, il connaissait beaucoup de gens aussi bien à Agouni Net Selnine qu'à Targa. Malheureusement, la plupart des noms qu'il citait appartenaient à des hommes morts depuis longtemps. Même Rabah et le vieux Mohand ne se souvenaient que très vaguement de quelques-uns. Avedh, plus jeune qu'eux, n'en connaissait aucun. Il avait l'impression d'entendre une voix d'outre-tombe, tant les noms évoqués devant lui appartenaient à un passé lointain. Il les connaissait certes de réputation, mais ces noms appartenaient en fait aux récits légendaires du village. Cette irruption d'un passé plus qu'estompé dans les mémoires troubla Avedh qui commençait à douter de la lucidité d'un homme ainsi ancré dans un âge à jamais révolu. Il se demandait quel secours pouvait lui apporter cet homme fossile. Il cherchait même à éluder l'entretien pour lequel ils étaient venus lorsque, à brûle-pourpoint, le vieux Saïd posa la question :

         - J'espère que votre problème n'est pas aussi grave que vous le dites ?

         - Hélas, oui, répondit Rabah qui ne laissa le temps ni au vieux Mohand ni à Avedh de réagir. C'est une question très grave et très obscure que nous n'arrivons pas à résoudre. Nous avons besoin de tes lumières.

       - Je vous écoute alors. Dieu nous apportera son aide si nous œuvrons dans la voie dela Justice.

       - Amin ! Amin ! Répondirent les trois compagnons en chœur. Le vieux Mohand prit alors la parole et exposa en détail la mort mystérieuse de Saïd Ath Hamou. Saïd Ouhmed écouta sans interrompre le narrateur. Pendant que ce dernier parlait, le vieil homme taquinait de son doigt quelques grains de couscous qui étaient tombés devant lui. Il s'amusait à les faire rouler de gauche à droit et de droite à gauche. Ce petit geste mutin énerva Avedh qui l'observait. Il regarda le vieil homme avec l'intention de lui faire remarquer la gravité de leur problème. Mais, voyant que le visage du vieux Saïd reflétait une extraordinaire concentration, il se ravisa et laissa Mohand terminer son récit.

     - Si j'ai bien suivi, déclara Saïd Ouhmed, ce jeune homme n'a pas été victime d'une vengeance. D'après ce que vous me racontez, sa famille n'a aucune vieille dette de sang.

     - Aucune, confirma le vieux Mohand. Aussi loin que nous remontons dans le temps, nous ne trouvons rien de ce genre.

     - C'est très simple alors ! dit le vieux Saïd. Les trois compagnons sursautèrent et se regardèrent avec étonnement.

     - Très simple, dites-vous ?

     - Oui ! Très, très simple. Vous trouverez très vite le coupable si vous suivez à la lettre mes conseils. Aved n'en croyait pas ses oreilles. Il prit l'engagement d'appliquer scrupuleusement les instructions du sage. Saïd Ouhmed prit alors un ton réfléchi et dit :

     - D'abord vous devez délier la jeune veuve de Saïd et lui rendre sa liberté. …

 

 

 

METREF Amar_La vengeance du mort_2009.jpgAmar METREF

 

La vengeance du mort

 

Éditions Nounou

 

2009

 

 

 

Voir aussi :

http://djurdjura.over-blog.net/article-la-vengeance-du-mo...